Alimentation. Traquons les perturbateurs endocriniens - Si Senior !

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Présents dans les sols, l’air et l’eau, ces composés capables d’interférer avec nos hormones se retrouvent aussi dans nos aliments. Mode d’emploi pour limiter le risque d’en ingérer et préserver notre santé.

Dioxines, mercure, bisphénol A… la liste des perturbateurs endocriniens (PE) comporte actuellement 550 composés et continue à s’allonger au fil des études scientifiques. L’Organisation mondiale de la santé les définit comme des substances modifiant les fonctions du système endocrinien (hormonal), avec des effets nocifs sur notre santé et éventuellement celle de notre descendance. Les produits d’entretien, de jardinage et de bricolage en contiennent, ainsi que les cosmétiques, les jouets, les meubles et les revêtements de sol. Véhiculés dans l’air, l’eau et les sols, ils se retrouvent dans notre assiette. 

• Des effets avérés sur la santé 

“Leurs premiers effets ont été décrits sur des animaux, bien avant d’être dénommés perturbateurs endocriniens”, rappelle Rémy Slama, chercheur à l’Inserm et président du conseil scientifique du Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens (PNRPE). Dans les années 1960, aux États-Unis, des oiseaux ayant ingéré du DDT, insecticide depuis interdit, n’arrivent plus à se reproduire. Sur les côtes atlantiques françaises, des bulots et des bigorneaux femelles exposés au tributylétain présent dans la peinture des coques des bateaux jusqu’en 1981 se masculinisent. 

“L’industrialisation a augmenté la présence des PE dans l’environnement. Chez l’être humain, ils sont incriminés dans des maladies en forte hausse: cancers hormono-dépendants, obésité, diabète, maladies neurologiques, troubles du comportement chez l’enfant, diminution de la fertilité masculine, malformations des bébés…” La réglementation peinant à se mettre en place, voici ce que chacun peut faire dans sa vie de tous les jours pour se protéger. 

1/Varier les menus et les sources d’approvisionnement 

Alterner parmi les végétaux comme les produits animaux et varier les lieux de production (marques, origine géographique…) reste le meilleur moyen d’éviter la concentration de fortes doses. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) le recommande depuis fin 2016 pour l’ensemble des aliments et des boissons: le risque d’ingérer des PE est minimisé en évitant de consommer en grande quantité un petit nombre d’aliments. Car chaque catégorie d’aliments peut contenir des PE sans que nous sachions précisément à quelle dose. 

Ainsi, les viandes, volailles, œufs et produits laitiers peuvent contenir des PCB(interdits mais persistant dans l’environnement) ou des mycotoxines (toxines de moisissures). Les fruits, légumes et céréales non bio comportent souvent des résidus de pesticides. Le café ou les pommes de terre frites sont des sources d’acrylamide, une substance qui se forme à forte température. Sachant que la plupart des PE se lient aux graisses, restreindre les viandes et produits laitiers gras ou encore ôter la peau des volailles et poissons limite leur ingestion. Quant aux poissons gras, recommandés une fois par semaine pour leurs oméga 3 essentiels, préférer les plus petits (maquereau, sardine, hareng), qui sont moins à risque de méthylmercure, PCB ou dioxines que les gros (espadon, thon, saumon, anguille). 

– À savoir: l’Anses dose certains PE dans les aliments afin d’éliminer du marché les produits dépassant les doses réglementaires. 

2/ Manger bio le plus souvent possible 

Le mode de production est un élément-clé. Les aliments bio permettent (ou presque) d’éviter les résidus de pesticides, parmi lesquels la liste des PE est longue. Autre intérêt concernant les produits bio élaborés, biscuits, plats cuisinés… la liste des additifs autorisés est limitée à 48, contre près de 400 dans les produits traditionnels! 

Mais faire le choix du bio ne met pas à l’abri de PE d’origine naturelle, tels que les phytoestrogènes dans les produits à base de soja (des composés qui miment l’action des œstrogènes dans l’organisme) ou les mycotoxines dans les aliments céréaliers. 

À savoir:
La recommandation de bien laver, peler ou éplucher les végétaux de l’agriculture conventionnelle reste un bon conseil. Cela élimine une partie (mais pas tout) des résidus de pesticides, comme l’a montré la comparaison entre l’étude EAT 2 (Anses) menée sur des aliments prêts à être consommés (épluchés, cuits…) et celle de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) sur des aliments bruts. 

• 3) Oublier les contenants en plastique

Qu’il s’agisse de conserver les aliments quelques jours ou de les réchauffer au four à micro-ondes, les contenants en verre sont gagnants car le verre est un matériau inerte, alors que certains composants des plastiques (phtalates, styrène, bisphénols) migrent dans les aliments avec lesquels ils sont en contact dans certaines conditions de température ou d’acidité. Classé PE chez l’humain en juin 2017 par l’Agence européenne des produits chimiques, le bisphénol A est interdit en Europe depuis 2013 pour la fabrication des biberons et ustensiles destinés aux nourrissons. En France, depuis 2015, ils sont également exclus de tous matériaux en contact avec les aliments. Autrement dit, les boîtes de conserve, celles en plastique et les cannettes conditionnées ou fabriquées avant 2015 et toujours en rayons ou dans nos placards peuvent encore en contenir. Reste à savoir si leurs substituts, bisphénols F, S ou A diglycidyl, sont moins nocifs. À ce jour, les scientifiques manquent encore de recul pour l’assurer… 

– À savoir:
Les films alimentaires, susceptibles de contenir des phtalates, et les emballages en papier ou carton résistant aux matières grasses (largement utilisés par la restauration rapide) peuvent contenir des PE (composés perfluorés).
La parade: préférer les contenants en verre, quitte à apporter son propre contenant en boutique. 

• Les aliments les plus chargés en pesticides 

– Les produits chimiques phytosanitaires comptent de nombreux PE. En croisant les informations de la DGCCRF, de l’Autorité européenne de sécurité des aliments de 2015 et les enquêtes de l’association Générations futures, il apparaît que certains aliments conventionnels sont particulièrement à risque.

– Les fruits qui ne se pèlent pas, en particulier le raisin et les fraises dans lesquels sont dénombrés jusqu’à 12 résidus de pesticides différents.

– Les légumes qui ne s’épluchent pas, en particulier les salades et les brocolis qui dépassent régulièrement les limites maximales de résidus de pesticides (LMR) autorisées.

– Les pommes, qui détiennent le record du nombre de traitements chimiques: jusqu’à 36!

– Le thé, le café et les infusions, dont un échantillon sur six analysés par la DGCCRF en 2016 a été jugé non conforme (teneurs au moins égales à deux fois la LMR ou produits interdits).

– Les céréales du petit-déjeuner, dont tous les échantillons analysés par Générations futures en 2016 comportaient entre 6 et 14 résidus de pesticides, excepté les marques au label biologique.

– Pour ces produits, mieux vaut opter pour un mode de production biologique. 

• Quels ustensiles de cuisson? 

Pour éviter le passage de PE dans les aliments en cours
de cuisson, mieux vaut utiliser des ustensiles en acier, terre ou verre. Et aussi:
– Supprimer les poêles et moules à gâteaux au revêtement antiadhésif, susceptibles de comporter des composés perfluorés, surtout s’ils sont rayés ou usés.
– Éliminer les cuit-vapeur, mixeurs, cuves d’autocuiseur et tout contenant en plastiquepouvant être composés de phtalates, de styrène ou de bisphénol A. Ils sont identifiables par les chiffres 3, 6 ou 7 inscrits dans un pictosgramme en forme de triangle, une mention facultative. 

Par Florence Daine le

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