Le Medef veut reporter la retraite à 64 ans - Si Senior !

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Âge de départ repoussé à partir de 2020, retraités incités à retravailler… l’organisation patronale a dévoilé sa version de la réforme des retraites.
Le Medef abat ses cartes. À quelques semaines seulement de la fin des concertations menées par le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, le mouvement des employeurs a officiellement détaillé sa propre vision de la réforme, jeudi 18 avril 2019. Une approche qui remet sur le tapis le leitmotiv patronal toujours aussi impopulaire dans l’opinion: faire travailler les Français plus longtemps.

Pour le patron des patrons, Geoffroy Roux de Bézieux, le contexte démographique impose un report de l’âge de la retraite. L’espérance de vie ayant progressé de dix ans dans l’Hexagone entre 1970 et 2015, la durée de retraite des Français est la plus élevée des pays développés avec plus de 27 ans. « C’est 7 ans de plus qu’aux Etats-Unis et 4,5 ans de plus qu’en Allemagne », commente-t-il. Le nombre de cotisants par retraités régresse: il était de six actifs pour un pensionné en 1945, de deux pour un en 2000 et il devrait être de 1,3 pour un en 2060. Cette situation se double d’un départ à la retraite parmi les plus précoces en Europe: 62 ans, soit trois ans de moins qu’en Allemagne, Espagne, Pays-Bas, Belgique… Résultat, souligne le Medef, les dépenses publiques consacrées aux retraites (314 milliards d’euros) atteignent 14 points de PIB, la richesse nationale, soit six points de plus que la moyenne des pays développés de l’OCDE.

L’âge de la retraite lié l’espérance de vie?

Par conséquent, le Medef propose de repousser l’âge légal de 62 à 64 ans sur huit ans à partir de 2020, au rythme d’un trimestre supplémentaire par an. Cet « âge d’équilibre du système » serait à partir de 2028 indexé « mécaniquement » sur l’évolution de l’espérance de vie. L’objectif affiché est en contradiction avec la feuille de route affichée par Jean-Paul Delevoye qui, depuis le début des concertations avec les partenaires sociaux, répète que l’âge de départ possible restera fixé à 62 ans.

Pour Geoffroy Roux de Bézieux, il s’agit là d’un « mensonge par omission, car on sera obligé de toucher à l’âge du fait de l’augmentation de l’espérance de vie. Si l’on garde les 62 ans, il y aura de très très grosses décotes! » Le report à 64 ans devrait, selon lui, dégager un excédent de 17 milliards d’euros sur huit ans. Les contributions sociales (cotisations, CSG) supplémentaires pourraient permettre le financement de la prise en charge du grand âge.

Huit Français sur dix contre le report de l’âge de départ

Relever l’âge de la retraite reste une option rejetée par une majorité de Français. Selon le sondage Cecop/Ifop, réalisé pour le compte du Cercle de l’épargne et publié le 16 avril, 79% s’y opposent. 41% estiment même qu’il est possible de le ramener à 60 ans, notamment les ouvriers, les employés, les fonctionnaires, les 35-49 ans et les femmes. La question de l’âge de départ est revenue récemment dans le débat public à la suite de plusieurs déclarations de ministres qui ont évoqué l’opportunité d’un report, alors qu’il n’en était pas question jusqu’à présent. Cette hypothèse interfère dans les discussions menées par Jean-Paul Delevoye, au point que les négociateurs de Force ouvrière ont quitté la table des concertations, le 17 avril.

À lire: Les Français ne veulent pas du report de l’âge de départ

Et les seniors au chômage?

Décaler l’âge de départ suppose de développer l’emploi des seniors. Si la France a rattrapé son retard dans ce domaine chez les 55-59 ans – dont le taux d’emploi est aujourd’hui de 72,4% (55% en 2007) -, elle est loin du compte chez les 60-64 ans (29% contre 46%, en moyenne dans l’OCDE). L’organisation patronale propose donc de réformer le cumul emploi-retraite et de le stimuler en permettant aux retraités qui retravaillent d’acquérir des points retraites pour bonifier leurs pensions lorsqu’ils cesseraient toute activité.

Autre piste évoquée, le développement de la retraite progressive. Ce dispositif peu connu (11 500 bénéficiaires en 2017) permet aux salariés de continuer à travailler à temps partiel – et à cotiser pour la retraite- tout en percevant une fraction de leurs futures pensions. Reste la question des seniors au chômage, 915 000 personnes, (toutes catégories confondues en 2018) pour qui le retour à l’emploi demeure problématique. Les employeurs proposent d’instaurer une aide différentielle, financée par l’Assurance chômage, versée aux seniors qui accepteraient un travail moins bien rémunéré que leur emploi antérieur.

Un système à deux étages

Le Medef se prononce également sur l’architecture du futur système universel. Les 42 régimes existants seraient remplacés par un dispositif à deux étages. Le premier, financé par l’impôt et géré par l’État, constituerait un socle commun en charge des prestations de solidarité (la réversion et la prise en compte des périodes d’inactivité, par exemple). Le second serait un régime de retraite par points, englobant le public et le privé, et financé par les cotisations. L’organisation patronale milite pour la convergence « totale », des règles entre les régimes (en termes d’âge, de droits familiaux, d’assiette de cotisations…) et pour une mutation effectuée au même rythme dans tous les secteurs (fonction publique, secteur privé, régimes spéciaux). Une transition qui devrait, selon Geoffroy Roux de Bézieux, prendre huit ans et coïncider ainsi avec l’entrée en vigueur du nouvel âge de départ: 64 ans.
Par Jean-Christophe Martineau le 18 avril 2019

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