Réforme des retraites: faudra-t-il travailler plus longtemps? - Si Senior !

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Réforme des retraites: faudra-t-il travailler plus longtemps?
Décaler l’âge légal de la retraite est un sujet qui fâche. Une autre piste, plus subtile, serait à l’étude: une décote pour les départs avant 63 ans. Ce type de mesures visant à retarder les départs sont-elles vraiment efficaces?
Le gouvernement ne touchera pas à l’âge légal de la retraite fixé à 62 ans. Mais… il pourrait instaurer un âge pivot de 63 ans, en dessous duquel un abattement sur la retraite de base serait appliqué d’office, quand bien même les assurés auraient tous leurs trimestres pour obtenir le taux plein. Jean-Paul Delevoye avait effleuré cette idée d’âge pivot dans un entretien accordé à Notre Temps en février. Défendant les atouts d’un système universel par points “plus lisible, plus simple”, le haut commissaire à la réforme des retraites avait ajouté qu’un tel régime “responsabilise l’individu”. Ainsi, “tous les ans, il connaît le montant de son capital de points et peut choisir l’âge de son départ à la retraite, à partir d’un âge pivot dont il conviendra de débattre.”

• Cette mesure a-t-elle des chances de voir le jour?

Pas certain. Les syndicats CFDT et FO ont déjà déclaré leur opposition à cette piste. Reste que le débat est d’actualité. Pour l’équilibre futur du régime de retraite, il est probable qu’il faudra trouver des solutions pour différer les départs. Le mode incitatif avec décote, surcote ou possibilité de retraite progressive, déjà en vigueur sous certaines conditions, marche-t-il? Des enquêtes récentes montrent un résultat mitigé.

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• Peu de succès de la surcote chez les salariés

Actuellement, le système de surcote permet de bénéficier d’un “bonus” sur votre retraite de base si vous prolongez votre activité professionnelle au-delà de l’âge légal et de la durée d’assurance exigée pour le taux plein (1,25% de plus par trimestre supplémentaire). Mais les salariés ne semblent pas convaincus. En 2016, la part des personnes ayant liquidé une pension avec une surcote était de 14% au régime général, 29,5% à la fonction publique civile de l’État (FPCE), 19,3% à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL) et 7,1% à la Mutualité sociale agricole (MSA), selon une enquête Drees sur les Motivations de départ à la retraite.

Lire: Augmenter durablement sa pension, les 3 atouts de la surcote

• La décote est-elle vraiment dissuasive?

Tout dépend sans doute de son montant et de son caractère temporaire ou non. Actuellement, la grande majorité des salariés ont à coeur de partir avec le taux plein. Une récente enquête de la Drees montre que pour le régime général, la part des départs avec décote ne s’établit qu’à 8,7%. Elle est stable depuis 2010. Il faut dire qu’il s’agit alors d’une décote définitive. La même attitude sera-t-elle observée pour la décote temporaire (-10% pendant 3 ans) instaurée par la retraite complémentaire (AGIRC-ARRCO) des salariés à partir?

Rappelons qu’elle va s’appliquer aux départs à partir de 2019 pour les assurés nés à compter de 1957 (avec des exceptions) qui choisiront de partir dès qu’ils auront droit au taux plein dans le régime de base. La pénalité sera-t-elle jugée assez forte pour convaincre les salariés de retarder leur départ d’un an? Les résultats seront intéressants à observer.

Lire: Agirc-Arrco: Futurs retraités, échapperez-vous au malus?

• La retraite progressive rarement utilisée

En permettant, à partir de 60 ans et 150 trimestres, de cumuler une fraction de sa retraite avec un travail à temps partiel, elle pourrait être une bonne solution pour garder un pied dans l’activité. Or, fin 2016, elle ne concernait que 11 500 personnes, pour le régime général, dont 69 % de femmes.

• Encore faut-il avoir du travail

Le rapport de France Stratégie sur les Seniors, l’emploi et la retraite, d’octobre 2018 souligne qu’au final, le relèvement de l’âge de la retraite de 60 à 62 ans s’est traduit par une progression de l’emploi pour la moitié́ seulement des personnes concernées.
Un tiers sont restées inactives (dont une part substantielle en invalidité ou arrêt maladie longue durée) et près de 20% sont restées au chômage. Reculer l’âge de départ à la retraite suppose par conséquent que l’on améliore le taux d’activité des seniors et donc qu’il existe un vrai choix pour les assurés.

• Des salariés fortement motivés à partir le plus tôt possible

Les fonctionnaires et salariés du privé qui ont pris leur retraite entre juillet 2015 et juin 2016 déclarent majoritairement être partis dès qu’ils en ont eu la possibilité pour profiter de la retraite le plus longtemps possible et parce qu’ils avaient atteint le taux plein ou l’âge légal d’ouverture des droits. Ceux qui ont prolongé leur activité déclarent que le motif qui a le plus joué dans leur décision est l’intérêt pour l’emploi occupé et des conditions de travail satisfaisantes. Arrive ensuite dans l’ordre dégressif: le souhait de garder encore quelques années le même niveau de salaire, la volonté d’améliorer ses droits à retraite, et de ne pas subir une décote.

Par Anne-Marie Le Gall le 09 octobre 2018

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